Bamako - Dakar
Publié le 20 Juin 2009
Pour rejoindre le centre ville de Bamako on emprunte les sutramas, sortes de fourgonnettes à l’appétit vorace qui avalent jusqu’à 23 passagers en une seule bouchée pour les recracher paisiblement au décours du trajet.
Nous entrâmes dans l’autogare de Bamako aux alentours de 8h00 après avoir ingurgité une fortifiante et conséquente bouillie de maïs.
La veille au soir nous avions pris place sous le débonnaire et paternel manguier (dans la partie sud du Mali les manguiers occupent les espaces libres, armée végétale marchant sur les villes, les routes, les campagnes) pour y discuter, y prendre le repas, regarder la télévision, écouter la musique, boire le thé, ... bref pour y cueillir les grains amènes de l’épi de vie.
« Voyageurs, voyageurs » ... le départ.
Comme nous voyagions d’Est en Ouest, je suggérai à Samuel de réserver les sièges situés à gauche de l’allée afin que nos corps ne souffrent pas trop des morsures du soleil.
Au moment du départ je me ravisai, il eut fallu les places de droite pour parer la course du soleil - trop tard ... les sièges étaient occupés. Qu’importe, après deux jours et une nuit nous serons à Dakar.
Cheveux de paille, dents de granit, épiderme de saurien, la mue du voyageur achevée nous grimpâmes à nouveau dans le bus pour parcourir les huit cents kilomètres qui nous séparaient encore de Dakar, d’une douche, d’un lit, d’un repas chaud.
Alors que nous arrivions à l’autogare de Kayes, un attroupement et quelques emportements signalaient un incident : un jeune homme était soupçonné d’avoir dérobé 30 000 Cfa (45 euros) ; il fut emmené au commissariat.
La même nuit dans le bus, dortoir de fortune, un apprenti fut surpris en train de visiter les bagages des voyageurs ; il évita cependant la bastonnade et fut laissé à l’autogare de Kayes à sept cents kilomètres de Bamako.
Fleuves à l’épine dorsale verdoyante, forêts de baobabs, plateaux de chaumes à crêtes d’acacias, falaises sculpturales … nombres de paysages, de rencontres, d’impondérables ponctuèrent cette traversée où les nids de poule, véritables lames de fond, secouaient violemment la coque du bus et où le roulis perpétuel des suspensions rappelaient aux passagers l’implacable dureté des éléments ; à l’évidence nous naviguions.
Nous arrivâmes finalement au bout de deux jours et deux nuits pour recevoir la bénédiction d’une douche et l’absolution du repos.