Entre Dakar et Bamako
Publié le 17 Juin 2009
Réveil aux aurores pour quitter le Sénégal et rejoindre Bamako au Mali.
Après quelques achats de circonstances à la gare routière « Pompier » (bidon d’eau, lampe torche, bananes et mandarines) et quelques rencontres opportunes, nous prîmes le départ.
A bord d’un bus de l’insigne compagnie de transport malienne « Gana Transport » nous fîmes connaissance avec les sièges qui accueilleraient nos corps engourdis par de trop longues heures de voyage à des températures avoisinant les 40°C.
Certes le confort est modeste puisqu’il s’agit de sièges en bois garnis de mousse et recouvert de skaï dont l’épiderme peut atteindre les 60°C, mais les dossiers de bois garantissent le dos contre les impatiences du voyageur situé juste derrière soi.
Après avoir parcouru quelques 600 kilomètres et fait quelques haltes dont la plus longue n’excéda pas les 20 minutes, le bus stationna à Kidira, poste frontière du Mali.
Au regard de l’espace alloué à chaque passager (de quoi glisser les genoux) il me parut opportun de dormir dehors, allongé à même le sol sur une dalle de béton, une bouteille d’eau en guise de coussin, dans « l’espoir » de glaner quelques heures propices au sommeil.
Alors que sans la moindre difficulté mon corps épousait la dalle de béton pour s’y lover, une main délicate mais insistante me secoua les orteils et une voix surgit de l’obscurité : « il faut venir là, ici ce n’est pas propre » ; un homme m’invitait diligemment à partager sa natte, une couverture posée à même le sable (plutôt de la poussière), aussi je me levai et prenai place sur cette couche inespérée, confiant mon crâne aux bons soins du sol meuble.
Le petit-déjeuner consista en une tasse de lait concentré dilué dans de l’eau, agrémenté d’une mesure de nescafé et un morceau de pain dont le coeur était de margarine mi-ferme/mi-liquide.
Puis la main droite en écuelle je recueillis l’eau du satala (sorte de cruche à couvercle en plastique) pour m’en asperger le visage et effectuer de la sorte une toilette sommaire, très matinale.
Après quoi je me dirigeai vers le seul blanc présent (à l’exception de Dino Jaffé, un New-yorkais rencontré à Pompier) pour partager quelques instants.
Professeur finlandais échoué sur la latérite pour deux semaines, nous échangeâmes propos, idées et impressions sur le voyage, l’Afrique, l’Occident et l’homme ; il me conta par ailleurs la douceur de la vie en Finlande.
DJ, quant à lui, est New-yorkais, « traveller » et son voyage tend à s’achever ici, au Mali, après treize mois et quarante pays visités ; toujours nous thésaurisons, sommes-nous si vides qu’il nous faille sans cesse accumuler ?
Généreux et épuisé par plus d’un an de pérégrinations à travers le monde, DJ peine à articuler et envisage sérieusement son retour à N-Y et la reprise de son activité de publicitaire ; « he loves N-Y ».
Nous fûmes à la gare routière de Bamako à 23 heures après 1400 kilomètres et deux jours plus une nuit de voyage puis, les tracasseries techniques réglées (plus de batteries sur le portable de Samuel), nous joignîmes et rejoignîmes la famille d’accueil, famille Diabaté à Niamakoro Koko, quartier populaire au sud-est de Bamako, derrière le fleuve sacré Niger, Joliba en Bambara.
Nous partons demain pour Sikasso, à la frontière de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, promenant nos semelles de feu sur les routes fertiles de la rencontre et du partage.